Et si ton corps n’était pas le problème ?
Et si ton corps n’était pas le problème ?
Pendant longtemps, j’ai cru que mon corps était le problème.
Cette idée ne s’est pas imposée à moi du jour au lendemain. Elle s’est construite lentement, au fil des années, à mesure que les douleurs liées à l’endométriose prenaient de plus en plus de place dans ma vie. J’avais le sentiment que mon corps me faisait défaut. Là où je rêvais de liberté, il m’imposait des limites. Là où je voulais avancer, voyager, créer et vivre pleinement, il me contraignait à ralentir. J’en étais arrivée à considérer ce vaisseau pourtant si précieux comme un obstacle à mon épanouissement.
Avec le recul, je réalise que ce sentiment est partagé par de nombreuses femmes. Bien sûr, les circonstances diffèrent d’une histoire à l’autre. Certaines souffrent d’endométriose, de syndrome prémenstruel ou de SOPK. D’autres vivent avec une fatigue chronique, des troubles digestifs, une infertilité inexpliquée ou une prise de poids qu’elles ne comprennent pas. Beaucoup entretiennent simplement une relation difficile avec leur image corporelle. Pourtant, derrière ces problématiques en apparence très différentes, je retrouve souvent une même souffrance : celle d’avoir appris à se méfier de son propre corps.
Notre société entretient une relation paradoxale avec le corps féminin. D’un côté, elle nous invite à en prendre soin. De l’autre, elle nous pousse constamment à le corriger. Dès l’adolescence, nous apprenons à observer notre reflet avec un regard critique. Il faudrait être plus mince, plus tonique, plus jeune, plus performante. À force de chercher ce qui ne va pas, nous finissons parfois par oublier l’essentiel : notre corps n’est pas un objet destiné à être évalué. Il est le lieu même de notre existence. Il est ce temple qui nous accompagne du premier au dernier jour de notre vie.
Je suis souvent frappée de constater à quel point les femmes connaissent parfaitement leurs complexes mais ignorent les besoins profonds de leur organisme. Nous savons ce que nous aimerions changer, mais nous avons parfois beaucoup plus de mal à identifier ce qui nous nourrit véritablement, ce qui nous épuise ou ce qui nous permet de nous sentir vivantes.
Pendant des années, j’ai moi-même regardé mon corps à travers le prisme de la souffrance. Je voyais les douleurs, les limitations, les symptômes. Je ne percevais pas encore tout ce qu’il tentait de faire pour moi. Je ne comprenais pas que derrière ces manifestations parfois difficiles à vivre se cachait une intelligence et sagesse infinie.
Car c’est probablement l’un des plus grands enseignements que m’a transmis mon chemin de guérison : le corps ne travaille jamais contre nous.
Cette phrase peut sembler surprenante lorsque l’on souffre. Je sais à quel point elle aurait été difficile à entendre lorsque j’étais au plus fort de la maladie. Pourtant, plus j’ai avancé sur ce chemin, plus cette évidence s’est imposée à moi. Même lorsqu’il exprime un déséquilibre, même lorsqu’il semble dysfonctionner, le corps cherche continuellement à préserver la vie. Il tente de s’adapter, de compenser, de réparer, de retrouver l’équilibre. Son langage n’est simplement pas toujours celui que nous aimerions entendre.
Lorsque nous avons mal, nous voulons souvent faire taire la douleur au plus vite. Lorsque nous sommes fatiguées, nous cherchons à retrouver notre énergie immédiatement. Lorsque notre corps change ou prend du poids, nous voulons revenir au plus vite à ce que nous considérons comme la norme. Pourtant, ces manifestations ont parfois quelque chose à nous apprendre.
Je ne suis pas en train de dire qu’il faut idéaliser la maladie ou considérer la souffrance comme une bénédiction. Je sais combien certains parcours peuvent être éprouvants. Mais je crois profondément que le symptôme est souvent porteur d’un message. Il nous invite à porter un regard nouveau sur notre mode de vie, notre alimentation, notre niveau de stress, notre rapport à nous-mêmes ou encore nos besoins émotionnels.
Cette vision a profondément transformé ma relation à l’endométriose.
Pendant longtemps, j’ai cherché à combattre la maladie. Puis un jour, j’ai commencé à me poser une autre question. Non plus : « Pourquoi mon corps me fait-il cela ? », mais : « Qu’essaie-t-il de me montrer ? »
Ce simple changement de perspective a marqué un tournant dans mon existence.
J’ai commencé à observer davantage mes cycles. À écouter les signaux de mon organisme. À comprendre que mon corps ne me demandait pas toujours d’aller plus vite, mais parfois de ralentir. Qu’il ne me demandait pas davantage de contrôle, mais davantage d’écoute. Qu’il ne me réclamait pas une nouvelle bataille, mais une forme de coopération.
Peu à peu, j’ai cessé d’être en guerre contre moi-même.
Et je crois que c’est là que beaucoup de processus de guérison commencent.
Nous avons oublié que nous appartenons au vivant.
Nous avons oublié que nous sommes soumises aux mêmes lois que la nature qui nous entoure.
Depuis plusieurs années, je vis au cœur des montagnes, entourée de forêts. Cette proximité quotidienne avec la nature m’enseigne constamment ce que notre époque semble avoir oublié. Aucun arbre ne lutte contre l’hiver. Aucun arbre ne s’inquiète de perdre ses feuilles lorsque la saison l’exige. Il ne cherche pas à produire des fruits toute l’année. Il suit simplement le mouvement naturel de la vie.
L’hiver n’est pas une erreur dans le cycle des saisons. Il est une étape nécessaire. Un temps de repos, d’intégration et de préparation. Sous la surface, alors que tout semble immobile, un immense travail est pourtant à l’œuvre.
Je crois qu’il en est de même pour nous.
En tant que femmes, nous sommes profondément cycliques. Nos hormones fluctuent. Notre énergie évolue au fil des semaines. Nos besoins changent. Pourtant, nous vivons dans un monde qui valorise la constance, la performance et la productivité permanente. Nous essayons souvent de fonctionner comme des machines alors que notre nature nous invite à fonctionner comme le vivant : par cycles, par saisons, par mouvements successifs d’expansion et de retrait.
Nos lunes sont peut-être l’un des rappels les plus puissants de cette réalité.
Chaque mois, elles nous enseignent que la vie n’est pas linéaire. Elles nous rappellent qu’il existe un temps pour créer, un temps pour agir, un temps pour ralentir et un temps pour laisser partir. Mais pour entendre cet enseignement, encore faut-il accepter de sortir de la lutte et revenir à l’écoute.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le jeûne occupe une place si particulière dans ma vie et dans les accompagnements que je propose.
Le jeûne est souvent perçu comme une pratique alimentaire ou un outil de détoxification. Pourtant, les femmes qui participent à mes retraites découvrent bien souvent autre chose. Elles découvrent un espace de silence dans un quotidien saturé de sollicitations. Elles découvrent ce qui se passe lorsqu’elles cessent de remplir chaque instant, chaque émotion ou chaque inconfort.
Dans ce ralentissement, quelque chose de précieux peut émerger.
Le corps recommence à parler.
Et pour la première fois depuis longtemps, nous devenons disponibles pour l’entendre.
Je vois régulièrement des femmes repartir de ces retraites avec un regard profondément transformé sur elles-mêmes. Elles découvrent que leur corps est plus fort qu’elles ne l’imaginaient. Plus intelligent. Plus résilient. Elles réalisent qu’il possède une formidable capacité d’adaptation et de régénération lorsque les conditions favorables lui sont offertes.
Surtout, elles découvrent qu’elles peuvent lui faire confiance.
Je crois que cette confiance est aujourd’hui l’un des plus beaux cadeaux que nous puissions nous offrir.
Car notre corps n’est pas une erreur.
Il n’est pas un problème à résoudre.
Il n’est pas un projet à perfectionner avant d’être enfin digne d’amour.
Il est l’expression même du vivant à travers nous.
Et peut-être que le premier pas vers davantage de santé, d’équilibre et de sérénité consiste simplement à changer notre regard. À cesser de lui demander pourquoi il n’est pas différent. À commencer, au contraire, à l’écouter avec curiosité, respect et bienveillance.
Car derrière chaque battement de cœur, chaque respiration, chaque cycle menstruel et chaque processus de régénération se cache une intelligence infiniment plus grande que nous.
Une intelligence qui n’a jamais cessé d’œuvrer pour nous.
Et qui attend peut-être simplement, aujourd’hui, que nous lui accordions enfin notre confiance.
Avec Amour.

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