Pourquoi j’ai choisi de fêter mes 40 ans sans alcool…

Dans quelques semaines, je soufflerai mes quarante bougies.

Lorsque j’ai commencé à imaginer cette journée, je me suis naturellement projetée dans tout ce qui fait la joie d’une fête : les personnes que j’aime, les repas que nous partagerons, la musique, les rires, les longues discussions d’été qui se prolongent jusqu’au milieu de la nuit, la musique et la danse. J’avais envie d’une fête simple, profondément vivante, qui ressemble à la femme que je suis devenue. Puis une question, en apparence anodine, s’est invitée dans mes réflexions : allais-je servir de l’alcool ?

Pendant longtemps, je ne me serais même pas posé cette question. Comme beaucoup d’entre nous, j’avais intégré l’idée qu’un anniversaire, un mariage ou une soirée entre amis s’accompagnent forcément de quelques bouteilles de vin, de champagne ou de bière. Cela fait partie du décor. Nous avons appris à associer la fête à l’alcool, comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre.

Pourtant, quelque chose en moi ne trouvait plus cela cohérent.

Je me suis surprise à ressentir une forme de résistance. Non pas parce que je craignais que mes invités manquent d’alcool, mais parce que je réalisais que cette simple décision me confrontait au regard des autres. Allaient-ils trouver cela étrange ? Allaient-ils être déçus ? Une fête sans alcool serait-elle perçue comme moins chaleureuse, moins conviviale, moins joyeuse ?

Cette hésitation m’a profondément interrogée.

Pourquoi est-il devenu si difficile, dans notre société, de célébrer la vie sans alcool ? Pourquoi celui qui refuse un verre doit-il presque toujours se justifier, alors que celui qui boit n’a jamais à expliquer son choix ?

Plus j’y réfléchissais, plus je prenais conscience de la place immense que cette substance occupe dans nos vies. L’alcool accompagne les retrouvailles, les repas de famille, les vacances, les apéritifs, les mariages, les anniversaires, les succès professionnels comme les peines de cœur. Il est partout. Nous avons fini par ne plus le voir tant sa présence est devenue normale, voire même valorisée.

Et pourtant, cette normalité mérite, me semble-t-il, d’être questionnée.

Je ne porte aucun jugement sur les personnes qui boivent. J’ai moi-même consommé de l’alcool pendant des années et, même aujourd’hui, il m’arrive encore, dans certaines circonstances, de ressentir cette petite voix qui me souffle : « Un verre ne ferait pas de mal… » Chaque fois que cela arrive, je trouve cette sensation fascinante. Non pas parce que j’ai profondément envie de boire, mais parce qu’elle me rappelle à quel point nos habitudes sont puissantes et combien les normes sociales façonnent nos comportements, souvent bien davantage que nous ne l’imaginons.

Pendant longtemps, j’ai associé, comme beaucoup d’entre nous, l’alcool à la convivialité, à la détente, à la fête. Aujourd’hui encore, cette association resurgit parfois. Alors je ne lutte plus contre elle. Je l’observe simplement, avec curiosité. Puis je me pose une question infiniment plus importante : qu’est-ce qui est juste pour moi, aujourd’hui ?

Je crois que la liberté ne consiste pas à ne plus jamais être tentée. La liberté consiste à pouvoir choisir, en conscience, ce qui est profondément juste pour soi.

En tant que naturopathe spécialisée dans la santé féminine, je ne peux pas non plus ignorer les effets de l’alcool sur l’organisme. Nous savons aujourd’hui que l’alcool est une substance dont le corps cherche à se débarrasser en priorité. Dès qu’il est consommé, le foie mobilise une grande partie de son énergie pour le métaboliser, au détriment temporaire d’autres fonctions essentielles.

Chez les femmes, cette réalité prend une dimension toute particulière. Notre organisme élimine généralement l’alcool plus lentement que celui des hommes et notre foie joue un rôle fondamental dans l’équilibre hormonal. Il participe notamment à l’élimination des hormones usagées. Lorsqu’il est régulièrement sollicité par l’alcool, cette fonction peut être perturbée, avec des conséquences qui peuvent être particulièrement importantes chez les femmes souffrant d’endométriose, de syndrome prémenstruel, de SOPK ou d’autres déséquilibres hormonaux.

À cela s’ajoute un autre élément souvent méconnu : l’alcool favorise les phénomènes inflammatoires, fragilise le microbiote intestinal et altère la qualité du sommeil, même lorsqu’il donne l’impression de faciliter l’endormissement. Or nous savons aujourd’hui que ces trois piliers — l’inflammation, la santé intestinale et le sommeil — jouent un rôle majeur dans l’équilibre hormonal féminin.

Les connaissances scientifiques ont également beaucoup évolué ces dernières années. Contrairement à ce qui a longtemps été véhiculé, il n’existe pas de consommation d’alcool pouvant être considérée comme totalement sans risque pour la santé. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle aujourd’hui que même une consommation modérée augmente le risque de plusieurs cancers, notamment celui du sein chez la femme. Lorsque l’on accompagne quotidiennement des femmes souffrant de troubles hormonaux, il devient difficile de considérer l’alcool comme une substance anodine.

Mais, avec les années, ma réflexion sur l’alcool est allée bien au-delà de ses effets physiologiques.

Je me suis demandé pourquoi nous avions autant besoin de lui.

Pourquoi avons-nous parfois l’impression qu’il faut un verre pour se détendre, pour rire davantage, pour danser, pour oser être pleinement soi-même ? Pourquoi une fête sans alcool paraît-elle si souvent incomplète ?

Je n’ai évidemment pas toutes les réponses à ces questions. Mais elles m’accompagnent depuis longtemps.

Plus j’avance sur mon chemin de vie, plus je ressens que tout ce qui nourrit profondément notre équilibre demande de la présence. Être présente à mon corps. À mes émotions. Aux personnes que j’aime. À la beauté du monde qui m’entoure. Cette qualité de présence est devenue, au fil des années, l’une de mes plus grandes richesses.

À titre personnel, j’ai constaté que l’alcool m’en éloignait. Même consommé occasionnellement, il modifiait ma perception, brouillait ma clarté intérieure et me coupait de cette sensation de pleine conscience que je cherche aujourd’hui à cultiver. C’est une expérience très personnelle, mais elle a profondément influencé mes choix.

Lorsque je marche dans la forêt qui entoure ma yourte, je suis toujours frappée par la simplicité du vivant. Les arbres n’ont besoin d’aucun artifice pour être pleinement eux-mêmes. Une rivière ne cherche pas à modifier son cours pour être plus intéressante. Une fleur n’a pas besoin de se transformer pour mériter d’être admirée. Tout dans la nature semble nous rappeler que la beauté naît de l’authenticité.

Je crois que l’être humain a oublié cette simplicité.

Nous cherchons souvent à nous sentir plus joyeux, plus détendus ou plus libres grâce à des éléments extérieurs, alors que ces qualités existent déjà en nous. Elles demandent simplement que nous leur laissions un peu d’espace pour émerger.

C’est sans doute pour cette raison que j’ai choisi qu’il n’y aurait pas d’alcool à ma fête d’anniversaire.

Non pas pour convaincre qui que ce soit. Chacun est libre de ses choix, et je respecte profondément cette liberté. Mais parce que j’avais envie que cette journée soit en accord avec la femme que je suis devenue.

Une femme qui cherche à vivre en cohérence avec ses valeurs.

Une femme qui choisit la présence plutôt que les automatismes.

Une femme qui préfère la conscience aux conventions.

Je ne crois pas que prendre soin de sa santé consiste à rechercher une perfection inaccessible ou à culpabiliser au moindre écart. Je crois simplement que la santé est une succession de petits choix quotidiens qui nous rapprochent, un peu plus chaque jour, de la personne que nous avons envie d’être.

Et peut-être que la véritable question n’est finalement pas : « Est-ce que je peux me passer d’alcool ? »

Mais plutôt : « De quoi ai-je réellement besoin pour me sentir pleinement vivante, libre et en joie… sans avoir besoin de m’éloigner de moi-même ? »

Si cet article a fait écho à ton propre cheminement, je serai heureuse de lire ce qu’il a fait émerger en toi. Les commentaires sont un merveilleux espace de partage et de réflexion.

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